Mi Querencia, 2026

Querencia:

“Cette inclination naturelle des personnes et de certains animaux à retourner au lieu où ils ont été aimés”
— 

‘Quand j’ai quitté le Venezuela, j’ai laissé derrière moi une version de moi-même qui ne pourrait jamais se répéter. Entre beaucoup d’autres choses, dans mon pays est restée mon identité d’avant la maternité : celle d’être fille.

C’est déjà en tant que mère, en terre étrangère, que j’ai pris conscience que l’inaccessibilité à la chair de ma mère n’était pas une nouveauté pour moi. Chaque caresse, chaque larme, chaque baiser de mes enfants me rappelaient l’étrange sensation que j’éprouvais chaque fois que ma mère me touchait.

Une chaleur douce et apaisante.

Mais, c’est le libre et franc accès de mes enfants à mon corps qui m’a fait prendre conscience du peu — ou presque nul — accès que j’avais eu à la chair, au toucher des mains de ma mère, et combien je désirais cette chaleur apaisante que je savais s’y trouvé, mais à laquelle je ne savais pas accéder.

Pendant une grande partie de ma vie, je lui en ai voulu, à ma mère. Mon corps symptomatique l’a examinée de mille et une manières — dans mes pieds, mon ventre, mon cou, ma colère, mes amants.

Aujourd’hui, ma mère reste pour moi une énigme. J’aime penser qu’elle a choisi de défendre l’accès à la seule chose sur laquelle elle ait pu avoir le contrôle : son corps. Mais cela n’a plus vraiment d’importance. Sa façon de m’aimer m’a appris à ressentir.

Ma mère est mon pays, est mi querencia‘.

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